
Au rythme actuel des progrès, il faudrait 171 ans pour parvenir à l’égalité femmes-hommes, selon un nouveau rapport de l’ONU, alors que les institutions créées pour faire avancer cette cause voient leurs financements réduits et leurs moyens affaiblis.
Fait particulièrement préoccupant, aucun indicateur de l’Objectif de développement durable consacré à l’égalité entre les sexes (ODD 5) n’est en bonne voie pour être atteint d’ici à 2030, l’échéance initialement fixée, selon le rapport Gender Snapshot 2026.
Ces objectifs incluent la fin de la discrimination, des violences fondées sur le genre et de pratiques néfastes telles que le mariage forcé et les mutilations génitales féminines, ainsi que la pleine participation des femmes au leadership et la garantie de leurs droits économiques et patrimoniaux.
Qui détient le pouvoir ?
Les femmes continuent de se heurter à des obstacles systémiques pour accéder à la vie politique. Le rapport souligne la concentration persistante du pouvoir politique entre les mains des hommes : six pays sur sept sont actuellement dirigés par des hommes.
Le coût d’une candidature électorale peut dépasser 100 fois le revenu moyen par habitant d’un pays, excluant de nombreuses femmes avant même le début de la compétition. Dans certains pays, jusqu’à huit candidates sur dix sont également confrontées à des violences dans la vie publique.
Même lorsqu’elles entrent au gouvernement, les femmes sont de manière disproportionnée écartées des portefeuilles disposant du plus grand pouvoir sécuritaire et économique. Près de neuf ministres de la Défense sur dix et plus de huit ministres des Finances sur dix sont des hommes.
Au-delà des gouvernements, les femmes ne représentent que 6 % des PDG dans le monde et dirigent moins de 20 % des plus hautes juridictions, laissant les décisions qui façonnent l’entreprise, le droit, l’emploi et l’économie mondiale majoritairement entre les mains des hommes.
Selon le rapport, ce déséquilibre affaiblit gravement la démocratie puisqu’un pays ne peut pleinement garantir les droits humains et les principes démocratiques lorsque la moitié de sa population ne dispose pas d’une voix égale dans le leadership et la prise de décision.
Violence et discrimination
Des millions de femmes continuent par ailleurs de subir des formes extrêmement graves de violence et de discrimination dans le monde.
Près d’une fille sur cinq est mariée avant l’âge de 18 ans et environ 230 millions de femmes et de filles ont subi des mutilations génitales féminines.
Près d’une femme sur trois dans le monde a subi au cours de sa vie des violences conjugales ou sexuelles ; au cours des douze derniers mois seulement, 316 millions de femmes ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime.
Le rapport constate également qu’aucun pays n’a atteint une égalité juridique complète et que 51 % des 131 pays étudiés présentent encore d’importantes lacunes juridiques.
Près des deux tiers des pays offrent peu ou pas de protection juridique aux droits fonciers des femmes, ce qui constitue un obstacle majeur à la propriété et à la sécurité d’occupation. Moins de 30 % des pays étudiés garantissent l’enregistrement conjoint des terres ou la participation des femmes à la gouvernance foncière.
Une priorité qui recule
La résolution de ces problèmes a également perdu du terrain dans les agendas prioritaires.
Dans un contexte de réduction croissante de l’aide au développement, les programmes consacrés aux inégalités entre les sexes figurent parmi les plus touchés, avec des financements tombés à leur niveau le plus bas depuis 2021.
Un mécanisme institutionnel sur quatre pour l’égalité femmes-hommes a vu son budget de fonctionnement diminuer au cours des deux dernières années, et un sur trois a vu son pouvoir institutionnel s’affaiblir.
Parallèlement, 42 % des entités des Nations Unies signalent un affaiblissement de leurs efforts en faveur de l’égalité entre les sexes.
« Ce que montre le Gender Snapshot 2026, c’est que cette situation n’est pas inévitable », a déclaré Li Junhua, Secrétaire général adjoint de l’ONU aux affaires économiques et sociales.
« Elle résulte de choix que les données rendent visibles. Investir dans l’égalité femmes-hommes, les institutions et les systèmes statistiques qui permettent de demander des comptes n’est pas un coût. C’est la voie la plus rapide pour revenir à la promesse de l’Agenda 2030 : un pouvoir égal pour toutes et tous. »



